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Gouvernement : À Genève, la RDC appelle l’OIT à prendre en compte les travailleurs affectés par l’occupation de l’Est du pays

En prenant la parole à la 114e session de la Conférence internationale du Travail (CIT) de l’Organisation internationale du Travail (OIT) qui s’est déroulé à Suisse, le ministre de l’Emploi et du Travail de la République démocratique du Congo, Ferdinand Massamba Wa Massamba, a plaidé pour une prise en charge de la situation des travailleurs congolais affectés par la guerre dans l’Est du pays, tout en mettant en avant les progrès réalisés par la RDC dans les domaines de l’emploi, du dialogue social et de la protection sociale.

S’exprimant au nom du Président de la République, Félix Tshisekedi, le ministre a d’abord transmis les salutations du peuple congolais avant de féliciter les instances dirigeantes de la conférence et de saluer le rapport du Directeur général du Bureau international du Travail consacré à l’intelligence artificielle et à son impact sur le travail décent.

Face aux mutations technologiques mondiales, Ferdinand Massamba Wa Massamba a reconnu que l’intelligence artificielle représente à la fois une opportunité et un défi majeur pour les pays en développement. Selon lui, les États à faible revenu, dont la RDC, demeurent confrontés à un important déficit en infrastructures numériques et en accès aux technologies, risquant ainsi d’accentuer les inégalités sur le marché du travail.

Le moment fort de son intervention a toutefois porté sur la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC. Évoquant le rapport consacré aux travailleurs des territoires arabes occupés, le ministre congolais a estimé que la communauté internationale ne pouvait ignorer le drame vécu par les travailleurs congolais dans les zones sous occupation.

« Des millions de Congolais sont sans abri et ont perdu leurs emplois dans la partie Est de mon pays », a-t-il déclaré, avant de demander que l’OIT examine également la situation des travailleurs et des entreprises affectés dans les territoires qu’il considère comme occupés par le Rwanda et ses alliés.

Le ministre a également attiré l’attention de la communauté internationale sur les conséquences sanitaires de la résurgence de l’épidémie d’Ebola dans l’Est du pays, soulignant son impact sur les populations et sur l’activité économique.

Malgré ce contexte difficile, le gouvernement congolais revendique plusieurs avancées dans le secteur du travail. Le ministre a notamment cité l’actualisation de la législation nationale grâce à l’intégration des normes internationales du travail, ainsi que les conclusions de la 37e session extraordinaire du Conseil national du travail ayant permis une mise en œuvre harmonisée du Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) adopté en 2025.

Sur le front de l’emploi, les chiffres présentés font état d’une progression significative entre 2021 et 2023, avec plus de 3,2 millions d’emplois supplémentaires créés. Le volume global de l’emploi serait ainsi passé de 27,1 à 30,3 millions de postes. Le secteur informel demeure toutefois largement dominant, avec près de 28,7 millions d’emplois recensés.

Le gouvernement met également en avant les efforts entrepris dans le domaine de la formation professionnelle à travers la Commission nationale de la certification professionnelle, ainsi que le lancement effectif de l’assurance maladie destinée aux travailleurs des secteurs public et privé.

En conclusion, Ferdinand Massamba Wa Massamba a lancé un appel à la mobilisation des partenaires bilatéraux et multilatéraux en faveur du retour de la paix en République démocratique du Congo, condition indispensable, selon lui, à la consolidation des acquis économiques et sociaux du pays.Commentaire et lecture politique

Ce discours dépasse largement le cadre traditionnel des questions liées au travail et à l’emploi. À Genève, la RDC a utilisé la tribune de l’OIT pour internationaliser davantage la question de l’agression dont elle s’estime victime dans l’Est du pays.

En établissant un parallèle entre les travailleurs des territoires arabes occupés et ceux des zones sous contrôle des groupes armés soutenus par le Rwanda, Kinshasa cherche à faire reconnaître les conséquences économiques et sociales du conflit comme une problématique internationale relevant également des institutions spécialisées des Nations unies.

Le gouvernement congolais tente ainsi de déplacer le débat au-delà du seul terrain sécuritaire pour le porter sur celui des droits sociaux, de l’emploi et de la protection des travailleurs. Cette stratégie vise à obtenir une plus grande implication des organisations internationales dans la prise en charge des populations affectées par la guerre.

Par ailleurs, le discours met en évidence un contraste assumé : alors que le pays fait face à une crise sécuritaire majeure à l’Est, l’exécutif cherche à démontrer que les réformes économiques et sociales se poursuivent dans le reste du territoire. Les chiffres avancés sur l’emploi, le SMIG et l’assurance maladie participent à cette volonté de présenter une RDC résiliente malgré le conflit.

En filigrane, l’intervention de Ferdinand Massamba Wa Massamba apparaît donc comme un exercice à double objectif : défendre le bilan social du gouvernement Tshisekedi et renforcer la campagne diplomatique menée par Kinshasa pour obtenir une reconnaissance internationale accrue des conséquences humaines et économiques de la guerre dans l’Est de la RDC.

Mike Kaniki