Une semaine de spéculation et des rumeurs pour pas grand-chose. Voilà le bilan de l’«Affaire de la lettre à la DGM» qui a mis tout Kinshasa en ébullition début juillet.
Cibles de la sape : Mustafa, Mazhar, Uzair et Zain Rawji. Les quatre frères qui tiennent Rawbank, la banque qui tient pas mal d’autres choses. Avec eux sur le banc des interdits de sortie : Jules Alingete Key, ex-chef de l’IGF, et son épouse Nanou Mukawa. Soit l’homme qui traquait les détournements, qui dérangeait, qui continue d’empêcher de dormir… et qui s’est retrouvé au cœur d’un vil lynchage médiatique.
| La lettre qui valait un coup d’Etat sur WhatsApp
Le 25 juin, le Procureur général signe une interdiction de quitter le territoire. Motif : enquête pour corruption et blanchiment présumés, sur injonction du ministre de la Justice du 18 juin. Rien que de très procédural.
Sauf que le document fuit. Et sur les réseaux, ça part en vrille. En deux heures, Alingete est déjà condamné par commentaire, les Rawji exilés à Dubaï par la pensée collective, et la République renversée en 280 caractères.
| «Il y a belle lurette»
Vendredi 4 juillet, le Procureur Firmin Mvonde sort de son silence. Communiqué à l’appui : la mesure est levée. Depuis quand ? « Il y a belle lurette ».
Traduction: Les pourfendeurs de réseaux sociaux ont oublié un détail gênant : leurs «victimes» pouvaient prendre leur avion depuis longtemps. Et ce, sans être inquiétées.
Sur le fond, c’est encore plus sec : « Il est hasardeux de soutenir la culpabilité ». En clair : on n’a rien. Et certains faits ? Déjà vus, déjà classés, déjà non-lieu. Circulez, y’a rien à voir.
| Moralité à la congolaise
À Kinshasa, on fait d’abord les raccourcis sur une procédure judiciaire normale. On vérifie et on fait la courbe rentrante ensuite. C’est redoutable pour faire le buzz. Ça l’est beaucoup moins pour faire du droit.
Le Parquet termine par une pique aux experts de salon : «Il ne s’agissait pas d’une sanction pénale», «toute conclusion… n’engage que son auteur». Comprendre : vos threads indignés, c’est votre problème.
Les Rawji et les Alingete ont donc récupéré leur liberté de mouvement, leur tranquillité et leur honneur que des ennemis faciles à deviner ont voulu souiller. Et les experts des réseaux sociaux, leur prochaine lettre à faire fuiter et à servir de bashing.
Smeth Kusolika (Chroniqueur judiciaire)
De AfricaNews
