Et si les richesses de la République démocratique du Congo étaient évaluées à plusieurs dizaines de milliers de milliards de dollars ? Une estimation théorique évoquant une valeur globale d’environ 35 000 milliards de dollars pour le sous-sol, les forêts, les ressources en eau, le potentiel hydroélectrique, les terres agricoles et l’immense territoire congolais relance une question aussi spectaculaire que vertigineuse : que se passerait-il si le peuple congolais décidait, par voie référendaire, de disposer de l’avenir du pays ?
Selon AXEmedia, cette hypothèse permettrait, sur le papier, de calculer une valeur d’environ 300 000 dollars par Congolais, si les 35 000 milliards étaient divisés entre quelque 116 millions d’habitants. Un calcul purement théorique, qui ne constitue évidemment ni le prix réel de la RDC ni une richesse immédiatement distribuable.
Mais derrière cette projection se trouve un débat beaucoup plus institutionnel : celui du pouvoir constituant du peuple.
La controverse s’articule autour de la loi dite Ngondankoy, présentée comme ouvrant la voie à une consultation populaire sur des matières fondamentales susceptibles d’engager la destinée nationale.
Dans l’arrêt évoqué par AXEmedia, la Cour constitutionnelle affirme que le pouvoir constituant originaire dispose d’une « liberté illimitée, sur le fond comme dans la forme ». Cette formulation nourrit depuis lors de nombreuses interrogations sur l’étendue de la souveraineté populaire.
Le raisonnement est alors poussé à l’extrême : si le peuple possède le pouvoir de refonder les institutions et de définir les règles fondamentales de l’État, jusqu’où peut aller ce pouvoir ?
Pour certains observateurs, cette question relève davantage de la théorie constitutionnelle que d’une possibilité concrète. Pour d’autres, elle révèle les conséquences potentiellement considérables d’une conception très large du pouvoir constituant.
Peut-on décider de « vendre » un pays ?
L’hypothèse d’une « vente de la RDC » doit toutefois être considérée avec beaucoup de prudence. Un État n’est pas un simple patrimoine immobilier ou une entreprise dont les actifs pourraient être additionnés puis cédés à un acheteur.
Le territoire national, la souveraineté, les ressources naturelles et le patrimoine de l’État sont encadrés par la Constitution, les lois et les engagements internationaux. Une consultation populaire ne signifie donc pas automatiquement que n’importe quelle décision deviendrait juridiquement possible.
L’estimation de 35 000 milliards de dollars relève elle aussi d’une valorisation théorique. Les ressources minières, forestières, hydriques ou agricoles ne constituent pas une somme disponible dans les caisses de l’État. Leur valeur dépend notamment des réserves réellement exploitables, des cours mondiaux, des coûts d’exploitation, des infrastructures, des contraintes environnementales et du cadre juridique.
Un débat qui dépasse largement la question financière
Au fond, l’enjeu soulevé par cette hypothèse n’est pas de savoir combien « vaut » la RDC. Il porte plutôt sur les limites de la souveraineté populaire et du pouvoir constituant.
La RDC possède effectivement des ressources naturelles considérables et un potentiel économique exceptionnel. Mais ces richesses appartiennent-elles juridiquement à l’État, au peuple, aux générations présentes et futures ? Et jusqu’où une décision prise par référendum pourrait-elle engager ces ressources ?
C’est précisément ce vertige que met en avant AXEmedia : si le peuple est présenté comme détenteur du pouvoir constituant originaire, quelles sont les décisions qui pourraient réellement être soumises à sa volonté, et quelles limites constitutionnelles demeurent infranchissables ?
Une interrogation théorique aujourd’hui, mais qui pourrait devenir l’un des débats institutionnels majeurs si la loi Ngondankoy venait à ouvrir la voie à des consultations populaires sur des questions touchant directement à la destinée de la République.
En RDC, la véritable richesse ne se mesure donc pas seulement en milliards de dollars. Elle se mesure aussi à l’étendue du pouvoir que la Constitution reconnaît au peuple — et aux limites qu’elle lui impose.
Rédaction
